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Selfie mortel


Combien de fois avez-vous croisé dans la rue des personnes s’arrêter sans raison apparente, avant de les voir poser, sourire ou grimacer face à leur écran ? Avez-vous déjà aperçu au restaurant des visages figés par une moue, au dessus de leur assiette, fixant leur téléphone ? Ou alors quelqu’un à la plage semblant être bloqué comme une statue de cire, rentrant son ventre jusqu’au tournis, pour apparaitre le mieux possible à l’écran ?
Non ces individus ne sont pas fous (du moins, à première vue), ils sont juste adeptes des selfies.

Pour Will Storr, journaliste spécialisé dans la question de ce type de portraits, ceux ci sont le symbole d’un perfectionnisme social : « ce que je suis dépends de ce que je pense que les autres pensent de moi. »Selon Gordon Flett, professeur à l’Université de Toronto, ce mode de communication exprimerait le besoin d’être extraverti, beau, optimiste, travailleur, sportif, ou encore capable de rendre le monde meilleur. L’individu passe parfois un temps fou à filtrer et éditer son autoportrait avant de le poster, il s’inflige à lui même une forte auto-censure.La réalité différant souvent de la photo, les conséquences peuvent être dramatiques. 

Au delà même de l’énergie gaspillée à sans cesse faire son auto-promotion, les individus très présents sur les réseaux sociaux ont tendance à se comparer aux autres profils. Cette réaction peut parfois conduire à des comportements à risque : voulant toujours paraitre comme plus heureux, plus entouré, plus extraverti, plus incroyable que les autres, les plus téméraires vont aller jusqu’à sur-enchérir dans l’originalité de leurs clichés.

 

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Pour les plus maladroits, cette démarche peut mener à la mort. En réaction à cela, et suite à plusieurs accidents malheureux, le ministère de l’intérieur russe a publié sur son site un « guide » des selfies en toute sécurité.

 

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Le ministère y précise par exemple que : « Quand une personne tente de prendre une photo d'elle-même, elle peut devenir distraite, perdre l'équilibre, ne pas regarder autour d'elle et ne pas détecter le danger. Lorsque vous prenez un selfie, assurez-vous d'être dans un endroit sans crainte et que votre vie ne soit pas en danger »

L’office de tourisme norvégien a également pris la même initiative.

La mairie de Mumbai, la capitale indienne, a quant à elle mis en place des « no selfie » zones dans plusieurs de ses attractions touristiques. Ceux qui osent entrer dans ces zones se verront infliger une amende de 1200 roupies soit environ 15 euros, même s’ils ne prennent pas de photos.


Ces réactions internationales peuvent à première vue paraitre abusives. Mais lorsque l’on se penche sur le nombre de blessés ou de décès survenus du fait d’un simple photo, cette prévention apparait comme nécessaire face à la folie de certains.

Depuis la naissance des selfies, en 2011, on dénombre au moins 263 morts ou blessés. L’année 2015 fut la plus meurtrière, avec 12 décès (contre 8 morts des suites d’une attaque de requin).

Récemment, c’est un chinois de 26 ans qui a trouvé la mort, en chutant d’un building de 62 étages, dans la ville de Changsha, alors qu’il se filmait, pour ensuite diffuser la vidéo sur les réseaux sociaux.

Les causes des décès sont plus ou moins semblables depuis 2011. Il est possible d’établir plusieurs catégories.

Tout d’abord, la chute mortelle remporte le palmarès. Du haut d’un pont, d’une falaise ou d’une building, les touristes plus concentrés sur la vue que sur leur stabilité glissent et chutent. En août 2014, au Portugal, un couple polonais est tombé au large d'une falaise, après avoir traversé une barrière de sécurité pour prendre un selfie avec leurs deux enfants. Ceux ci ont survécu.

Au delà de la simple glissade, certains voulant épater leurs réseaux sociaux se lancent des défis très dangereux : un russe de 19 ans s'est suspendu du haut d'un building de 9 étages. Malgré ses muscles, ses bras ont lâché, et la chute (ou plutôt l’atterrissage) l’a tué.

La noyade vient en seconde position, des glissades dans des cours d’eau peu coopératifs, ou des vagues trop violentes… L’accident de train est aussi souvent mortel : les plus imprudents se sont lancés dans une nouvelle activité, l’escalade des trains en marche. Au delà de la vitesse, ces tentatives de selfies finissent le plus souvent par une électrocution.
Une des morts les plus violentes (mais des plus évidentes) est celle causés par les photos avec des armes à feus. Mise en scène qui tourne au drame, coup qui partent seuls, maladresse…
Les accidents de voitures ou de motos occupent aussi une place importantes dans ce classement macabres.

Face à ces drames qui auraient évidement pu être évités, il nous revient de nous questionner sur nos comportements sociaux. Jusqu’où sommes nous prêt à aller pour une belle photo, qui épatera nos amis ? La mort n’est peut être pas équivalente à un bon cliché.

Les personnes décédées à cause d’un selfie sont plus nombreuses que celles tuées par un requin. Vous avez surement entendu cette info choc en 2015. Sachez que les choses ne sont pas prête de se calmer. L’arrivée des smartphones dans nos vies a révolutionné nos modes de fonctionnement. Notre quotidien est désormais rythmé par ces appareils dits « intelligents ». Tellement intelligent, qu’ils semblent parfois capter toute celle de leurs propriétaires.

Cet autoportrait photographique, capturé dans un contexte social, festif, touristique, réalisé par un téléphone portable tenu à bout de bras, ou au bout d’une perche prévue à cet effet, n’est pas sans danger. Avant même les risques physiques dans lesquels les individus se placent pour obtenir LE bon cliché, c’est la notion même de selfie qui peut être dangereuse.

Cette nouvelle pratique révèle un aspect de notre société qui serait de plus en plus basée sur l’image que l’on renvoie aux autres. C’est ce reflet de nous même, cette image que l’on accepte de partager qui devient capitale. L’individu devient un produit qui doit se vendre soi même le mieux possible, devant ainsi rendre sa vie incroyable.

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