top of page

Facebook accusé de saper la démocratie en même temps que notre moral 

Facebook est un acteur incontournable du web, il draine autant voire plus de trafic que Google, le moteur de recherche n°1 mondial. Pourtant, même l’ancien vice-président de Facebook, Chamath Palihapitiya tire la sonnette d’alarme : « les réseaux sociaux sapent les fondamentaux du comportement des gens ». Lieu de mise en scène, d’exhibition de soi et de débat houleux, qu’engendre t-il sur nos comportements et nos émotions ? Alors que le géant voit sa réputation écorné par la multiplicité des fakes news, accusé d’influencer le champs politique, le réseau social ne cesse d’élargir son influence et de générer des bénéfices.

​

Le nouvel or noir "le Big Data", ne cesse d’irriguer l’économie numérique. Google est le gardien de notre mémoire collective et rassemble plus de trois milles milliards de documents et tous les contenus web de la planète. Tout cela génère des bases de données colossales. En amassant toujours plus de données et en affinant le profil des utilisateurs, les moteurs de recherche et les réseaux sociaux cloisonnent leurs utilisateurs dans ce qui est susceptible de les intéresser, en se basant tout simplement sur ce qui les intéresse déjà. 

 

Un miroir déformant de la réalité 

 

Comme Google, Facebook trie notre fil d’actualité, les suggestions de pages, d’amis, de groupes et de publicités. Il retient ce qui est capable de nous intéresser en fonction de nos interactions avec les autres, de nos likes, de nos amis en commun, des pages que l’on suit et d’autres éléments tenus secrets. Miroir de nous même, les algorithmes Facebook nous renvoient des informations qui nous complaisent dans nos connaissances et notre propre idéologie. Cette hiérarchisation de l’information est automatisée et régie par des programmes conçus par des humains. Mais sur quels critères se basent-ils ? On ne le saura certainement jamais. Ce qui est évident c’est que la force de Facebook peut faire décoller ou tuer un site d’information autant qu’il peut propulser ou réduire à néant notre manière de penser. 

Eli Pariser, spécialiste du cyber-espace, développe ainsi dans son essai « The Filter Bubble » (la bulle filtrante) l’idée que la sélection permanente et dans tous les domaines (politique, lecture, voyage, culture) fait que Google confine ses internautes dans une bulle cognitive. Cass R. Sunstein, professeur de droit à Harvard et aujourd’hui conseiller juridique à la Maison Blanche, a été l’un des premiers à lancer l’alerte contre le risque de dessèchement intellectuel d’internet à cause de ces effets de bulle. Le danger des algorithmes et de la personnalisation du web donne lieu à un cercle vicieux; plus on est actif, plus on livre des données et plus notre profil se précise grâce aux outils de personnalisation, moins on a de chance de sortir de ce que l’on connait déjà et plus notre vision du monde préétablie se confirme. Au lieu de les traiter en citoyens ouverts sur le monde, ces algorithmes traitent les internautes en consommateurs. Ce monde ego-centré représente un réelle menace pour le pluralisme de l’information. 

C’est la polémique lancée par Katharine Viner, rédactrice en chef du Guardian dans une longue enquête intitulée « Comment la technologie a perturbé la vérité ». En ne proposant que des contenus conformes à leur a priori, sans les confronter à d’autres points de vue et aux faits établis contredisant les arguments des pro-Brexit, le débat a étéselon elle tronqué et les Britanniques poussés à la sortie de l’Union Européenne. Elle s’alarme également sur le fait que certain tabloïds aient accumulé les « fausses informations » pour faire du bruit. Les propos ensuite retranscrit sur les réseaux sociaux n’ont pas eu de mal à concurrencer les grands médias d’information. L’oeuvre des algorithmes a contribué à confiner les internautes dans leur vision du monde et leurs croyances en faisant passer celles-ci pour des faits avérés. 

​

​

Plus on utilise les réseaux sociaux, plus on a de risques d'être atteint de dépression

Pire : de nombreuses études ont montré les effets néfastes des réseaux sociaux sur nos émotions. Les personnes qui passent le plus de temps sur les réseaux sociaux sont aussi celles qui ont le plus de chance d'être dépressives. C'est le résultat d'une étude réalisée par des chercheurs de l'Université de Pittsburgh, publiée en avril 2016. Et cette étude est loin d’être la seule, en 2014, une étudie liait utilisation intensive de Facebook et sentiment de solitude. L’université de Queensland établissait un lien entre  le fait d’être ignoré sur Facebook et le sentiment d’avoir une existence qui a moins de sens. En 2013 les chercheurs de l’université du Michigan ont trouvé que plus les gens passaient de temps sur Facebook plus ils devenaient malheureux.

Les réseaux sociaux modifient nos comportements
​
​

​

Les constats sont alarmants, et pourtant nous passons en moyenne 46 minutes sur Facebook quotidiennement. Contre l’économie de l’attention, de nombreuses voix de la Silicon Valley se sont levées. Notifications, messages, vidéos, alertes, nous sommes sans cesse sollicités. C’est ce qu’on appelle l’économie de l’attention : un système dans lequel la surabondance d’informations fait de notre capacité d’attention la principale ressource économique. Ces sollicitations permanentes provoquent un stress qui peut lui-même générer un sentiment de satisfaction. Cette mise sous tension consentie génère un épuisement et une saturation cognitive. Résultat, nous avons du mal à rester concentré plus de 7 minutes.

​

​

​

 

Les algorithmes responsables du Brexit ? 
Clémentine Cailleteau
  • Grey Facebook Icon
  • Grey Twitter Icon
  • Grey Google+ Icon
  • Grey LinkedIn Icon
  • Grey YouTube Icon

Get Social

Inscrivez-vous à la newsletter ESJ ACTU
Ne manquez plus l'actualité ! 
bottom of page