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C’est en 2014 que sort American Sniper, inspiré de l’autobiographie de Chris Kyle. Cet ancien soldat américain était devenu un héros aux Etats-Unis en tant que sniper prolifique pendant la guerre en Irak. Le film nous emmène sur le terrain en conflit, mais aussi au pays quand il revient auprès de sa famille. Le héros est joué par Bradley Cooper, échappé des Very bad trip et lifté à la gonflette, pour figurer au mieux cet ex Marine musculeux aux traits doux mais à l’expression drue.

Plutôt controversé côté critique, le film marque bien le désir de Clint Eastwood de ne pas questionner les implications politiques du conflit au Moyen-Orient, mais de raconter l’histoire d’un héros. Contrairement à son diptyque sur la bataille du Pacifique, Mémoires de nos pères et Lettres d’Iwo Jima, qui relatait un épisode grave de la seconde guerre mondiale des deux points de vue (américain puis japonais respectivement), ici le point de vue irakien n’est jamais montré, ni effleuré. Les personnages irakiens ne sont pas explorés. En fin de compte la guerre sert de simple décor pour l’histoire qui se joue autour du héros de guerre.

Eastwood a voulu montrer un héros complexe, qui tue mais qui angoisse, qui n’est pas la machine à tuer qu’on veut nous faire croire. Il veut rendre le sniper humain et fort dans sa complexité. Mais à vouloir imposer cette ambigüité, entre bravoure patriotique et stress post-traumatique, le trait est trop poussé. La complexité est trop manichéenne pour être sincère.

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Le réalisateur a d’ailleurs gommé quelques détails de la personnalité réelle du héros. Chris Kyle a une belle gueule de cinéma, comme Cooper qui le mime. Il a une vraie aura de héros, se fait remercier par des passants dans la rue. Mais dans la réalité, contrairement à sa représentation sur pellicule, il est ostensiblement belligérant, a une vision ultra-simpliste de la guerre en Irak et il frôle même la mythomanie. Il a choisi le Punisher comme totem et se vante d’avoir tué une centaine de personnes de plus que ce que les officiels lui accordent.

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Eastwood a donc arrondi les angles pour pouvoir servir son propos, c’est-à-dire peindre le portrait d’un héros de guerre vaillant à qui on peut quand même s’identifier, tout en ayant aucun vrai propos politique sur la place des Etats-Unis dans la guerre.

 

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Sur un ton différent, Sully sort en 2016 et raconte l’histoire du pilote qui avait amerrit un Airbus sur l’Hudson à New York en 2009, et par là sauvé la vie de 155 personnes. Le film montre surtout les mois d’après, quand le pilote a été sous le coup d’accusations de la part des compagnies d’assurance qui ne tenaient pas à payer des dommages et intérêts pour l’avion.

Encore une fois le héros national, joué par Tom Hanks, a un côté humain ; on le voit dans le doute après le sauvetage in extremis, et puis perdu quand on l’accuse d’avoir mal agi et qu’on remet en cause sa carrière entière. Cette fois aussi c’est un ancien militaire, ancien pilote de chasse dans l'United States Air Force. Par là, Eastwood touche encore la corde sensible du patriotisme. 

Salué par les critiques, ce film est plus équilibré et part moins dans les extrêmes comme son prédécesseur. Même s’il peut commencer à paraitre désespéré qu’il ait recours systématiquement au biopic pour appuyer son propos, comme s’il devait forcément s’aider d’histoires vraies pour supporter encore l’idée du rêve américain. 

Ici il parvient bien à montrer une Amérique soudée qui s’entraide. C’est toujours ce paradoxe qui est passionnant chez Eastwood, l’homme républicain pro-Trump et le cinéaste humaniste en même temps. C’est parce qu’il illustre le combat contre les élites et la glorification de l’homme ordinaire. Comme dans l’Echange (2008), drame poignant dans lequel l’héroïne refuse une vérité que les autorités lui imposent par la persuasion, jusqu’à se faire interner par la force pour la faire taire. La rébellion contre les élites et la glorification des gens ordinaires est d’ailleurs le moteur d’idéologies de gauche ou de droite depuis des décennies. Eastwood reste humaniste malgré ses affinités trumpiennes.

 

 

Alors que pouvons-nous attendre de son prochain film Le 15h17 pour Paris ? Bercera-t-il du côté du patriotisme aveugle à la Sniper ou restera-t-il davantage humaniste comme Sully ? En tous cas, les premières images nous laissent voir que son envie de montrer une histoire de héros américains a pris le dessus cette fois plutôt qu'une représentation plus classique d’un évènement, qu’il aurait été passionnant de situer dans un contexte géopolitique global.

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La tradition de biopics sauce américaine d’Eastwood

La bande-annonce du dernier film de Clint Eastwood a été livrée hier soir. Le 15h17 pour Paris relate l’attentat déjoué du Thalys du 21 août 2015. Caractéristique inhabituelle : les 3 principaux protagonistes jouent leurs propres rôles dans ce film qui raconte davantage l’histoire personnelle des héros américains que l’incident ferroviaire. Une trame biographique qui est devenue un leitmotiv chez le réalisateur.

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Avec 70 films en tant qu’acteur et 39 films derrière la caméra à son actif, Clint Eastwood est l’un des boss du cinéma américain. Rien qu’en se concentrant sur ces dix dernières années, on peut dégager les thématiques qui lui tiennent le plus à cœur en tant que réalisateur : l’histoire américaine et ses symboles, le patriotisme, la bravoure d’un individu face à l’adversité... Pour les traiter, il a pris l’habitude de s’inspirer de faits réels. C’est simple, 9 de ses 11 derniers films sont au moins inspirés de vraies histoires, sinon des biopics à part entière. 

En regardant de plus près ses deux derniers films, on peut voir deux voies différentes qu’il a pu emprunter pour nous exposer ces thématiques à travers le carcan bien particulier du biopic.

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